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      Vision Nomade - Association loi 1901 basée à Clermont-Ferrand

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SOAP4LIFE

Barrière de calme

   À notre arrivée au Laos, nous sommes frappés du contraste avec les Philippines, à peine un pied posé dans l'aéroport de Vientiane. Le plus petit qu'on ait vu, celui de Clermont-Ferrand a plus d'envergure, il s'agit pourtant de la capitale. Ceci dit, il n'y a pas de quoi être vraiment étonné dans la mesure où la République démocratique populaire du Laos est constituée d'environ 7 millions d'habitants, soit un des pays asiatiques avec la population la plus basse. Coincé entre la Thaïlande, le Cambodge, le Viêt Nam, la Chine et le Myanmar (alias Birmanie), le Laos fait pâle figure. Entre les géants du tourisme et de l'industrialisation, il est celui de l'agriculture, 75% de sa population en vit.

Plus connu par son surnom, son nom complet « République démocratique populaire lao » s'explique par sa démocratie et ses élections électorales où l'on peut choisir entre différents candidats d'un parti unique : le communisme.

Sa politique se ressent à l'échelle humaine du touriste car il n'existe pas de Mc Do, KFC, pas d'immense Mall dans la capitale. Niet. Ah, les alimentations vendent du coca, on ne sera pas trop perdu. J'évoque le touriste en exemple, tout simplement parce que les laotiens sont dans l'ensemble très pauvres et n'ont pas les moyens d'aller dans ce type de lieu, ça se constate quand on passe devant des boutiques de vêtement vides et le marché local de la rue d'après plein.

Vientiane est une petite capitale, voire une petite ville, très calme avec un peu d'agitation près du Mékong où des bars balancent de la techno, permettant aux touristes de s'abreuver tout en se dandinant jusqu'à 23h30, couvre-feu oblige. Des fois on peut négocier une fermeture à minuit, et finir sa soirée sur la promenade des anglais laotienne qui longe le fameux fleuve.

 

Nous rencontrons La et Mac qui tiennent l'association Soap4life près de Vientiane. Une structure qui propose de former des femmes de villages reculés afin qu'elles puissent produire et vendre des savons écologiques. Soulagés d'aborder un thème plus « léger » après notre mission aux Philippines, nous en apprenons sur l'envers du décor laotien. Mac est un américain qui se décrit comme un vieux hippie, La est laotienne, les sourcils souvent froncés et le regard dur, une hard-bosseuse à la générosité sans égale. Elle vient du nord du Laos, une province assez reculée, dans laquelle elle a vécu toute son enfance et a eu la responsabilité de s'occuper de ses frères et sœurs très jeune car leur mère était décédée. Dès ses 10 ans, elle travaillait pour subvenir aux besoins de sa famille. Comme 25% d'enfants au Laos, elle n'avait pas accès à l'éducation, les frais liés à la scolarité étant trop chers. Elle a pu reprendre ses études plus tard, apprendre l'anglais et décider de créer l'association.

 

Lors d'une distribution d'affaires scolaires et de savons organisée par Soap4life, nous avons pu nous rendre dans une école primaire. Par classe de 40 élèves, ils apprennent à lire et écrire sans poser de question à leur professeur, il va de soit de simplement copier la leçon. De plus, les enseignements et matières étant limités, beaucoup de parents préfèrent que leurs enfants fassent un séjour dans un monastère bouddhiste. Il y est fourni un apprentissage gratuit de meilleure qualité, l'anglais et l'histoire notamment qui ne sont pas au programme de l'école publique. On touche ainsi un paradoxe intéressant du Laos : un pays communiste presque jusqu'à l'os et où la grande majorité des personnes sont très religieuses. Le bouddhisme est omniprésent, son arrivée datant d'avant celle du communisme, ce dernier l'a incorporé à sa politique.

Distribution de savons dans une école

La, fondatrice de Soap4life

   Ce que nous avons pu constater à travers nos différents voyages, c'est que la barrière de la langue est plus ou moins forte. Avec elle se couple celle de la culture, quelque fois pont et d'autre fois mur. Evidemment, l'éducation étant parfois plus accessible et qualitative, l'anglais est par extension plus répandu. On mettra de côté les pays ayant subi les colonisations britanniques et américaines, car nous pouvons considérer que c'est de la triste triche. Le Laos fût le pays où nous avons eu le plus de difficultés à transmettre, car très peu de personnes parlent anglais, et même avec cela le laotien est une langue extrêmement difficile à traduire en anglais ou français et inversement. Nous avons eu de sérieux soucis à faire la traduction de la vidéo, ce qui a beaucoup retardée sa sortie. Après un détour de plusieurs centaines de kilomètres pour un retour à Soap4life, grâce à l'aide d'une professeur d'anglais laotienne qui l'écrivait mais ne le parlait pas, Mac qui est américain et parle quelques notions de laotien, et La qui parle un anglais compréhensible mais minimaliste, nous avons réussi à traduire les idées d'empowerment, condition des femmes, amélioration de la vie des communautés.

En excluant la langue, transmettre passe par beaucoup d'autres choses. Notre expérience à Pulau Bungin était extraordinaire là-dessus, sur l'évidence du lien qu'on créé par des moments vides de mots mais pas de sens. Pour le Laos dans lequel nous avons pu voyager, nous attirions moins l'attention, les laotiens apparaissant d'un naturel très calme et faisant leur vie sans porter d'attention à notre peau blanche et notre tête de touriste. On peut y voir aussi la marche de la mondialisation toujours en cours, c'est un pays où le tourisme bat son plein, sans étonnement de part ses magnifiques sites et sa facilité de transport interne et externe. Ainsi beaucoup de monde passe et repasse les frontières, visitant l'Asie du Sud-Est. Peut-être étions-nous moins attentifs, quelque peu blasés par ce tourisme qui simultanément nous inclut et nous exclut, parfois déforme les cultures et met une frontière supplémentaire avec les habitants d'un pays. Nous y reviendrons dans un autre article.

 

Nous sommes partis du Laos pour la Mongolie sans pincement au cœur car nous étions très enthousiastes à l'idée de visiter le pays emblématique du cheval et du néant à perte de vue. Sans déception pour autant, nous avons apprécié découvrir ses paysages et sa richesse naturelle, prendre ses routes de terre rouge en mauvaise état, manger très épicé. Et surtout passer notre temps à discuter de longs soirs avec Mac et La sur fond d'émission de loto laotien ressemblant à l'avènement d'un prince, silence et cérémonie. On a dit au revoir le cœur serré à ce couple si généreux et impliqué, on est partis en douce sans une caresse pour leurs 7 chiens qui jappent au moindre bruit.