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Pour écouter Sari chanter cliquez ici

Ni Komang Sariadi - Sari

   Sari est la fondatrice de PKP Women's Centre. Elle a 34 ans, en paraît 28, la finesse de ses traits et son grand sourire toujours sur ses lèvres dégagent une beauté envoûtante. Quand nous sommes arrivés pour notre première mission, elle se montrait prévenante et attentionnée mais quelque peu en retrait. Nous la sentions dans l'analyse, ce qui ne l'empêchait pas de lier avec nous. De repas en soirées, nous avons appris à nous découvrir. Afin d'expliquer les raisons qui l'ont amenée à créer cet endroit de recueil pour les femmes, elle nous parle de son histoire.

 

Née en Sulawesi dans une famille très pauvre, deuxième d'une fratrie de 3, ils s'installent à Bali alors qu'elle est encore en bas-âge. Elle se souvient de l'île qui l'a vue naître pour ses grandes forêts luxuriantes, c'est « une enfant de la nature » selon ses dires. Très faible physiquement à la naissance, ses parents croient qu'elle va mourir. Ils prient beaucoup et vont aux temples faire des offrandes pour chasser l'esprit qui s'est emparée d'elle.

 

Elle est mariée à 20 ans par un guru hindouiste, avec le pressentiment que « ce qui se passe n'est pas bon ». Mère puis dépressive, son poids descend jusqu'aux 35 kilos lorsque ses cheveux tombent. Elle souhaite divorcer, sa belle-famille pense qu'elle est encore emprise d'un mauvais esprit. Ses parents acceptent sa décision, par peur qu'elle décède, même s'ils la mettent en garde contre toutes les pertes que ça engendrera. Ses biens, sa communauté, la garde de sa fille. Sari s'en va.

 

À Denpasar, elle reprend ses études et devient institutrice spécialisée puis directrice à Ubud au sein de Sari Hati School, petite école pour enfants handicapés mentaux. Nous apprenons par Renata, la seconde directrice qui l'a embauchée, qu'elle a tout de suite été extrêmement talentueuse dans son travail. Toujours en dépression, elle n'arrive pas à se défaire de l'amertume et du manque, elle n'a revu sa fille que trois fois en 13 ans, brièvement. Renata la pousse à mettre à profit la peine et la colère pour qu'elle l'anime et non la tue. C'est alors qu'elle prend l'initiative de créer PKP Women's Centre, un lieu où les femmes peuvent venir, apprendre à parler, s'occuper et se libérer.

 

" L'éducation, l'éducation et l'éducation "

   Sari a fait un énorme travail sur elle-même, pour apprendre à s'exprimer, sortir cette colère. Elle se passionne pour le yoga, les origines des maux avec les chakras et offre son talent pour le chant en participant aux chorales hindouistes. Quand nous assistons à une représentation, elle nous sourit et ses yeux brillent. Nous la sentons heureuse de partager cela avec nous, et nous dansons pendant qu'elle chante accompagnée d'un orchestre. La première fois que nous l'avons entendu, j'eus les larmes aux yeux de l'émotion qu'elle dégage et de ce simple lâcher-prise à la tombée de la nuit. Nous étions seuls tous les trois, lorsqu'elle nous demanda « Voulez-vous écouter un chant ? »

Lors des visites auprès des familles des élèves de Sari Hati School, nous la voyons à l'oeuvre avec un public qui nécessite une approche totalement différente que celui de PKP. La première visite est pour une femme de 28 ans handicapée mentale. Intimidée par notre présence, elle pleure et se cache. S'en suit un jeu entre Sari et elle, la première chante et lui saisit les mains, doucement. Elle sourit et lui rappelle des exercices qu'elles font à l'école. Au bout d'une heure, la jeune femme accepte de se montrer, toujours main dans la main avec Sari.

 

À PKP, Sari parle beaucoup aux femmes et aux jeunes filles, transmet la nécessité du dire. On apprend dès le plus jeune âge aux balinaises à savoir être discrètes et contenues, elle souhaite casser ce systématisme qui empêche une liberté de penser et d'agir. Au départ, c'était des femmes divorcées qui venaient au centre, puis les mères des enfants handicapés qui étaient elles aussi exclues de la communauté. Certaines avaient encore des enfants malgré leur divorce, alors elles les amènent au centre pour qu'ils puissent profiter des cours qui y sont donnés. En hébergeant deux jeunes filles pour qu'elles puissent étudier et être éloignées du mariage, s'en sont d'autres qui viennent, pour la quiétude du centre et la confiance qu'elles ont en Sari. C'est cela qu'elle a bâti, un lieu où l'on peut s'exprimer.

Avant de partir, nous discutons de sa fille. Elle nous dit préférer attendre, maintenant, pour que son enfant grandisse et comprenne les raisons qui l'ont poussée à partir. Pour qu'un jour, elle revienne vers elle. Alors, le jour du départ, dans les bras les uns des autres, nous lui assurons que si sa fille est bien d'elle, aussi intelligente et empathique, elle reviendra force de maturité et l'âge de liberté atteint. Dernier beau sourire avant le souvenir d'une incroyable personne.