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PKP Women's Centre

PKP et la découverte du "vrai" Bali

   Après notre passage à Pulau Bungin, nous avons quitté la belle Sumbawa pour la populaire Bali. L'Indonésie est le seul pays où nous allions pour la deuxième fois. L'été 2015 nous avions voyagé à Java, Bali et Lombok. Bali est l'île où nous étions resté le plus longtemps et pourtant celle qui nous avait le moins charmé. Accueillant plus de 3 millions de visiteurs par an, elle est l'une des provinces les plus riches du pays. S'en découle un charme différent, auquel nous étions moins sensibles. La culture balinaise mêle religion, tourisme, image d'île idyllique.

L'influence de l'hindouisme contraste particulièrement à Bali par rapport aux autres îles que nous avons pu visiter. Ainsi des temples sont présents à chaque coin de rue et de campagne, des petites offrandes sont au sol devant chaque porte. Le sarong(1) porté par toutes et tous, on se promène dans les rues d'Ubud qui comportent multiples magasins. Ceux-ci vont du magasin chic de souvenirs traditionnels aux enseignes Ralph Lauren et compagnie. Pas de building, ciel bleu et dégagé, verdures tropicales à foison, nous voici pris dans le flot de touristes occidentaux. Au détour d'une conversation entreprise avec des françaises, elles nous partagent leur déception des plages de Kuta(2). L'image de plage carte postale tombe à l'eau, Bali est magnifique certes, mais n'est pas une référence balnéaire contrairement à sa voisine Lombok.

 

Ce qui nous avait moins touché la première fois, c'était cet aspect touristique et lisse de Bali. Nous avions la sensation que le contact avec les indonésiens y était plus alterné. Je ne leur reproche absolument pas cela, force de rencontre et perception, ce n'est qu'un avis personnel.

Nous rejoignons donc PKP Women's Centre après avoir quitté tristement Sumbawa. PKP est proche d'Ubud, c'est un joli centre avec un grand jardin et une mare où des gamins viennent pêcher quand la patronne s'absente. Devant le centre, une rivière artificielle de 50 centimètres de fond coule, des femmes et des enfants viennent s'y laver chaque soir. Il y a 4 résidentes à temps plein : Sari, Menti, Dwik et Sari (nous l'appellerons Ibu(3), pour faciliter la compréhension des lecteurs). Sari est la fondatrice du centre. Menti et Dwik sont deux jeunes filles, respectivement de 18 et 15 ans. Sari a décroché des sponsors pour qu'elles puissent faire des études et que Dwik ne soit pas mariée comme sa sœur à l'âge de 14 ans. Elles habitent au centre pour être suivies par leurs sponsors et être libres d'étudier.

Je vous disais qu'il y avait 4 résidents, en réalité il y en a 5 avec le fils d'Ibu. Nous ne l'avons vu qu'une fois en 10 jours car il est systématiquement enfermé dans la chambre. L'histoire d'Ibu est la suivante : d'un premier mariage est né un fils, après un divorce duquel elle a réussi à ressortir avec son enfant, elle s'est remarié à un autre homme pour qui il s'agissait du cinquième mariage. Elle a eu un second fils, handicapé moteur et mental, puis son mari décéda, la laissant seule, sans ressources avec deux enfants. L'aîné n'ayant pas voulu les prendre en charge, après une période où elle était dans la rue, Ibu a trouvé PKP. Lunatique, elle a du mal à s'intégrer au centre. Honteuse de son fils, elle ne le sort pas de la chambre, dans laquelle ils sont cloîtrés ensemble. Sari dira :

« Je sais que je devrais être plus rigoureuse vis-à-vis d'elle, il faut qu'elle trouve un travail et qu'elle accepte les autres filles. Mais que faire si elle n'a pas le centre ? Et comment trouver un travail avec un fils qui demande tant de temps et d'attention ? »

De là s'en suit pour nous une première réflexion, pourquoi a-t-elle si honte de son fils ? Sari tient une école pour enfants handicapés mentaux à côté de PKP, Ibu a donc connaissance d'autres femmes qui sont dans sa situation. Sari nous promet alors de nous expliquer. Nous la suivons dans sa journée de visite des familles des élèves. La première visite est auprès d'une femme handicapée mentale de 28 ans qui collectionne les déchets.

 

On apprend qu'avant il y avait dans sa chambre près d'un mètre cinquante d'ordures et qu'elle ne s'était pas lavé pendant plusieurs années. « Et ses parents alors ? » Ils ne savent pas comment s'y prendre, comment s'adresser à leur enfant. Donc lorsqu'elle crie et se débat, ils laissent faire. Maintenant qu'elle va à l'école, ça va mieux.

 

La jeune femme, qui était intimidée de nous rencontrer, avec Sari

Troisième anniversaire de PKP avec Sari Hati School

À Bali, la religion hindouiste a énormément de place dans la tête et le porte-monnaie des gens. Certaines personnes préfèrent ne plus se nourrir plutôt que de ne pas faire d'offrande aux dieux. Nous visitons des maisons où le confort est plus que rudimentaire, quelque fois il n'y a pas de lit. Mais le jardin est toujours pourvu d'un temple, les statues coûtent très chères. Par conséquent, avoir un enfant handicapé est considéré comme une punition des dieux pour un méfait commis précédemment.

C'est alors que Renata entre dans nos vies. Elle est une des directrices de Sari Hati School, l'école pour enfants handicapés, tchèque et expatriée depuis 8 ans. Elle nous aime bien et nous prévoit plusieurs rencontres avec des femmes importantes de Bali.

En déplacement dans le sud, nous avons un entretien avec Iam, dame chinoise de 70 ans qui tient un grand hôtel à Kuta depuis près de 40 ans et mariée à un balinais. Elle nous témoigne ce qu'elle voit des femmes, javanaises et balinaises, ses amies, ses employées, ses voisines. La femme moyenne balinaise n'est pas éduquée, parce qu'elle n'a pas besoin qu'on paye pour son éducation étant donné qu'elle sera mariée, s'occupera du foyer. Elle n'a pas le droit à l'héritage, elle appartient à sa belle-famille dès le mariage. Si son mari décède, elle doit s'occuper de ses beaux-parents et ne pas revenir vivre avec sa famille. Et si elle décide de quitter son mari ou sa belle-famille, ses enfants ne sont donc plus les siens et elle n'a plus de droit sur eux. Iam nous dit en conclusion de conversation :

« Vous, vous devez venir ici avec votre regard occidental et penser qu'il faut changer quelque chose pour ces femmes. Mais vous savez, elles sont heureuses comme ça. Elles ne veulent pas que ça change. Et pour celles qui veulent partir, elles perdent tout. Elles ne savent pas, alors pourquoi changer ? »

Notre réponse est en fait une question. Qui sommes-nous pour réellement juger les valeurs et conséquences qui découlent d'une culture ? Nous pouvons agir en aidant les actrices locales, mais faire évoluer notre pensée pour ne pas être dans l'ethno-centrisme est nécessaire, néanmoins difficile. La prédominance de nos codes sociaux et culturels est là, dans nos têtes. Le voyage remet en cause plus que notre pensée, notre positionnement. Sommes-nous touristes, voyageurs, volontaires, blancs, occidentaux, féministes, ignorants, français, naïfs ?

Après cette mission, nous quittons l'Indonésie émus. Sari nous serre

dans ses bras, Renata aussi, Dwik nous fait un tcheck, on se dit timidement au revoir en souriant avec Ibu. Quant à moi, je jouis de l'avantage naturel d'être une femme et donc d'aimer les vêtements. C'est ainsi que je repartis de l'Indonésie avec 3 kilos de plus, soit un pantalon, un gilet, 2 batiks(4) et 3 robes offerts après 3 « oh no, yeah it's pretty but... Okaaay thank you ». Oui et un kilo d'huile parce que nous nous sommes faits arrosés pendant 10 jours. Sans humour, la générosité des indonésiens n'est pas une légende, et nous l'avons expérimenté tout au long de cette mission, entre gentillesse, café, thé, bananes frites à toute heure, chants et partage. Merci PKP !

Les chipies de PKP

(1) Pan de tissu qu'on accroche autour de la taille, obligatoire pour entrer dans les temples

  

(2) Destination balnéaire principale de Bali

  

(3) Mademoiselle en balinais

  

(4) Tissus traditionnels indonésiens tissés et peints à la main