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MOTS DE LA FIN

9 mois après le retour

Notes : ce texte a été écrit le 26 décembre 2018 pour être enfin publié le 8 février 2019, la photo ci-dessus date de mai 2017, Baptiste et moi qui tenons toutes les photos des personnes ayant participé au crowdfunding.

Les fêtes sont systématiquement un moment de retour. Retour sur le passé, les années qui défilent. J'ai appelé sobrement ce texte « Texte de retour », près de 9 mois après notre sortie du dernier avion pris. Nous avions alors quitté l'Iran, fait un sas de décompression à Berlin d'une semaine, puis Paris. À cette époque, j'avais écrit 3 textes différents à publier sur la newsletter, facebook et autre, à vous envoyer pour donner une conclusion. Je n'en ai fini aucun, ils ne nous convenaient pas. La raison m'apparaît désormais évidente, nous n'étions tout simplement pas encore rentrés. Il était difficile d'apporter une fin à quelque chose qu'on ne veut jamais finir.

Nous avons quitté l'Inde en janvier 2018, le cœur particulièrement lourd. Presque 5 mois, 4 missions, 2 vidéos que vous n'avez jamais vu mais qui ont été publiées par les organismes. Quand je repense à cette période-là, je me rappelle des couleurs, des visages. Je n'ai pas de paysage en tête, nous n'avons rien vu de l'Inde, c'était d'une intensité indicible. Un florilège de rencontres, de heurts, de féminisme. Encore aujourd'hui, je sais que ça nous tord Bat et moi. Des amitiés ont changé nos vies en une semaine, la découverte d'une réalité qui nous suit. Notre arrivée à Téhéran, en Iran, je me souviens des murs blancs d'un hôtel neuf. Ces mêmes murs dans lesquels nous nous sommes enfermés pendant une semaine, sortant seulement 5 minutes pour s'acheter quelque chose à manger dans le lit. Une fatigue si grande, comme si

nous avions oublié toutes nos émotions là-bas, Delhi, Auroville, Hyderabad, Lucknow, Pune. Par la suite, nous avons renoncé à travailler avec une association en Iran, dû au climat ambiant dans le pays à ce moment-là ; meurtre de manifestants, arrestations massives de protestantes contre le port du voile. Nous avons voyagé, doucement. On a dormi chez des gens, rencontré des voyageurs, on s'est laissé porter en essayant de réfléchir le moins possible à nos pas convergents vers la fin de notre rêve.

À 3h du matin un jour de mars, je claquais la porte d'un taxi et voyais défiler la nuit iranienne. J'avais terriblement envie de pleurer, mais je n'y arrivais pas.

Cette hésitation s'est répétée inlassablement les mois qui ont suivi. Nous sommes rentrés, accueillis par nos familles et amis. Un mois de fêtes, de retrouvailles et un tour de France ont succédé le grand voyage. On s'est installé à Paris, le besoin d'avoir un chez-soi, près de 2 ans sans avoir sa propre maison. Et nous ne pleurions toujours pas, incapables d'être tristes d'avoir réalisé le plus grand projet de nos vies respectives. Pourtant si bouleversés. Et ce texte qu'on ne vous envoyait pas, et ces nouvelles que nous ne donnions pas. Je n'arrivais et n'arrive pas à acter le retour, à écrire noir sur blanc « C'est fini ». Je n'arrivais qu'à le dire, sans pour autant expliquer tout ce que ça signifiait.

La difficulté de revenir, quel futur après l'aventure ?

Beaucoup de personnes nous ont dit ces derniers mois « ce doit être difficile après un an et demi ailleurs de revenir ». Pendant longtemps, j'ai pensé que non. J'ai repris mes études, Bat travaille. Notre capacité d'adaptation s'était tant développée qu'après tout, entendre parler français partout et manger du fromage, ce n'était pas si compliqué. Mais je n'ai pas été tout à fait honnête avec moi-même, oui ça l'a été puisque notre temporalité est perturbée. Le passé semble ne plus exister, penser à tout ce que nous avons vécu en Asie est comme effleurer une blessure. Une blessure heureuse, dont on est fier, qui n'a pas cicatrisé. Il est impossible de vous dire ici tout ce que ça a changé, de conter tous ces moments de doute, de joie, de conviction, de puissance. Nous ne nous sommes jamais sentis aussi vivants que durant ce voyage, et jamais autant nous-même. C'est un sentiment si violent quelque part, qu'il est capricieux à canaliser. Que faire après cette réalisation-là ? Qu'est-ce qui sera à la hauteur pour adoucir l'atterrissage, le retour à la normale ? Et surtout, qu'il y a-t-il après ?

Pour ces raisons, le futur semble inexistant aussi, notre présent nous a pris tout notre temps pour apprivoiser nos vies. Nous ne savons toujours pas ce qu'est l'après, mais quelques petites choses que nous avons précieusement gardé depuis le retour : la conviction profonde que nous vivons un changement, que nous devons continuer de participer aux initiatives en faveur de la condition des femmes.

Que nous sommes extrêmement chanceux qu'à à peine à 23 ans, nous soyons si emplis d'émotions, de nuances. Si chanceux d'avoir pu rencontrer tant de personnes incroyables, d'avoir pu mettre une petite pierre à l'édifice du féminisme, grandir à en avoir le vertige.

Alors, un grand merci à vous de nous avoir permis une si belle expérience, de nous avoir accompagné et d'avoir eu la patience face à notre silence. Nous ne vous serons jamais assez reconnaissants, mais heureusement il reste encore toute une vie pour vous le dire de vive-voix. Quant à l'avenir, l'histoire est la même pour chacun, il faut encore le définir. De ce que nous savons, nous allons exposer à Clermont-Ferrand pour la quinzaine de l'égalité du 2 au 17 mars, une projection au cinéma de Rio est prévu le 5 mars à 20h. Ce sera l'occasion de faire une rétrospective de ce projet, où vous pourrez enfin voir les photos et les vidéos de la fin du voyage. Une présentation précise sera faite des organismes avec lesquels nous avons eu le plaisir de travailler. Vous êtes bien entendu conviés, nous serions ravis de vous voir. Pour le reste, nous repartirons sans doute un jour, le temps que le souffle soit repris. Le temps de construire d'autres projets, mais une certitude : nous n'en avons pas fini de nous intéresser et de donner de notre temps à cette cause nécessaire qui encore aujourd'hui et j'espère pour toujours, nous habite.