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ECO FEMME

Des règles saines pour toutes

Nous sommes revenus en Inde après 3 semaines au Népal de vacances avec les parents de Baptiste. Cette pause tombait à pic mais a été peu productive. On arrive donc dans le sud avec beaucoup de travail, pas mal d'attente aussi vis-à-vis de notre nouvelle collaboration avec EcoFemme, entreprise sociale dont le projet nous plaît beaucoup : produire des serviettes hygiéniques lavables pour les femmes et les jeunes filles, sessions éducatives auprès d'écoles et de groupes de femmes afin de briser le silence autour des règles.

Le calme après la tempête

J'apprends qu'Auroville, là où nous nous rendons, n'est pas qu'un village proche de Pondichéry comme je le pensais, il s'agit d'une communauté internationale et multiculturelle créée en 1968 par une française et un indien. En prenant notre bus de Chennai à Auroville, nous sommes frappés par la différence d'ambiance et de paysage par rapport à notre premier séjour indien en Uttar Praddesh, région du nord. Nous nous étions habitués à l'agitation, le bruit, le béton, les ordures et à la sortie des villes des champs décorés de quelques arbres. En longeant la côte, nous voyons de luxuriantes forêts et des cocotiers. Le climat est océanique, c'est à dire plus frais mais pas moins humide. Peu de monde, moins de trafic. Quand nous entrons dans Auroville, village de 4000 habitants, nous découvrons les petits chemins de terre menant à de belles maisons planquées dans d'épaisses forêts.

La rencontre avec l'équipe de l'association nous fait l'effet d'un extrême à l'autre par rapport à notre expérience à Stop Acid Attacks. Le contact humain est très bon aussi, mais tout semble être sérénité, organisation, et également une équipe composée que de femmes de divers horizons. Nous sommes logés chez Jessamijn, belle et lumineuse personne ainsi que directrice d'Ecofemme, derrière sa maison nous suivons un chemin

dans la jungle qui donne accès à notre maisonnette temporaire, toute ouverte et avec douche en plein air. Que de confort ! C'était oublier que vivre dans la jungle, ça voulait aussi dire se faire envahir par les moustiques, les fourmis et les cafards, particulièrement lorsqu'on laisse traîner de la nourriture plus de 10 minutes sur la table. Mais nous avons un lit, une douche, et même un scooter à disposition pour aller au travail le matin.

Depuis l'Indonésie, nous avions très peu conduit et nous sommes tout excités à l'idée d'en refaire dans un climat tropical, souvenir du tout début de notre voyage. Lorsque nous en faisons et que nous rentrons le soir à la nuit, je regarde le ciel si bleuté et dégagé. Avec la pollution ambiante, on avait oublié l'existence des étoiles, la nuit comportant souvent une couche qui donne l'impression que l'air est épais et ne laisse passer leur lumière. Le premier soir nous allons manger dans un petit restaurant avec une terrasse éclairée par des lampions de couleur, une odeur de cigarettes au clou de girofle stagne. Nous avons vraiment la sensation de revivre un petit bout de Bali, ce qui nous rend nostalgique. Le temps est passé si vite.

Kalvi durant une session pour Eco Femme

Nous commençons notre travail avec Nikki, c'est une personne qui nous apparaît très chaleureuse et investie dans ce qu'elle fait. Elle est éducatrice et formatrice, c'est à dire qu'elle fait des sessions dans des écoles pour apprendre aux filles ce que sont les menstruations et elle forme les futurs éducateurs, répandant ainsi un message de tolérance. En Inde, les règles sont un puissant tabou qui implique parfois jusqu'à l'impossibilité de toucher certains aliments et personnes, de rentrer dans les pièces communes ou dormir avec un homme dans la même pièce. Plus communément, il est impossible de se rendre dans les temples pendant ses règles. De part un mysticisme ambiant et une désinformation, les jeunes filles n'ont que très peu de connaissances sur cette part biologique et plus généralement sur leur corps. En parallèle, l'Inde est un pays extrêmement pollué, avec près de 345 millions de femmes menstruées. Une serviette hygiénique jetable (méthode de protection la plus utilisée avec l'utilisation de tissus) met entre 500 et 800 ans à se dégrader.

Nikki expliquant le principe d'une serviette hygiénique lavable

Pendant les règles, il est coutume de cacher la manifestation de celles-ci, donc de jeter discrètement dans la nature ou ailleurs les « preuves ». Ce qui fait des tonnes de déchets par an, sans parler des produits utilisés pour traiter ces serviettes, souvent peu respectueux du corps.

Ecofemme donne la possibilité d'un choix éclairé en parlant de tous les produits hygiéniques, de leurs avantages et inconvénients. Si l'entreprise a choisi de se centrer sur les serviettes lavables, c'est pour permettre une émancipation des femmes (production à partir de coton bio à Auroville, puis confection par des femmes indiennes) et aussi pour répondre à ces problématiques de manière adaptée. La cup et le tampon ont pour l'instant peu de succès car ils supposent l'idée d'être suffisamment à l'aise avec son corps pour s'insérer quelque chose, ce qui n'est pas toujours évident au vue des croyances et coutumes.

L'équipe de l'association Eco Femme

En filmant les sessions, nous voyons combien les filles sont curieuses et tout à la fois gênées. Pour beaucoup, ce doit être la première fois qu'on leur parle ouvertement des règles. Lorsque Nikki fait passer un tampon, nous sommes amusés par la réaction de mi-dégoût mi-surprise de certaines. Tout se déroule sans accroche, nous travaillons assidument pour leur faire deux vidéos (une principale et une secondaire un peu moins complète), nous nous reposons en sécurité dans notre moustiquaire le soir. On entend les bruits de la jungle et de la nuit, le matin nous partons au travail dans un calme ambiant.

Lorsque nous montrons la vidéo finie à l'équipe, nous les voyons émues et surprises du résultat, on nous fait une ovation. Elles attendaient depuis longtemps pour leur besoin en communication une vidéo, nous étions donc parfaitement synchrones dans nos envies et besoins respectifs. Elles nous communiquent combien elles sont contentes de la retranscription de leur travail, la vidéo est dans le juste. On a le droit à un petit mot de chacune le jour du départ...!

Cette mission a été empreinte de bon-vivre et de quiétude, ce qui a permis de contrebalancer l'intensité parfois extrême de notre collaboration précédente. Nous repartons sur la route pour le centre de l'Inde et une troisième mission indienne, heureux d'avoir pu apporter une pierre à l'édifice d'un superbe projet et séjourner dans ce lieu atypique, hors du temps et du tempérament indien que nous connaissions.